c’est l’été…

sdb

Il faut avoir longé mur d’une chambre, plongée dans la pénombre du second jour, pour atteindre cette source lumineuse qui interpelle

Franchissant une fermeture légère en accordéon, je me trouve alors dans un espace rectangulaire qui s’évase vers son extrémité. Des rangements étagés occultés par des portes de mélaminés blancs ferment tout d’abord mon champ de vision, m’invitant à orienter mon regard vers le reste de la pièce, qui se révèle toute couverte de carreaux de céramique luisants aux teintes claires, ponctués de motifs réguliers beiges et terre de sienne, alternés sur quelques pans par des surfaces peintes d’un jaune-orangé vif, le tout évoquant naïvement un univers oriental.

Sur ces murs, seuls quelques éléments ponctuent l’espace : sur la droite, au niveau du regard, une petite étagère constituée d’une unique planche de bois vieilli sur laquelle s’entassent quelques bocaux cylindriques en porcelaine, et des coffrets en bois exotiques aux teintes brunies, trône, seule dans son cadre safran, surmontant une frise de céramique en dessous de laquelle se suspendent mollement quelques linges de maison, flirtant contre le partie basse du mur recouverte de carreaux de céramique satinées, plus grands et plus neutres, sans motifs apparents, espacés de joints blancs en creux d’un demi centimètre d’épaisseur.

Le mur qui lui fait face est composé de façon identique : à la suite des sanitaires d’un blanc nacré surmontés de la chaudière, dans l’enfilade des étagères incrustées, un pan de mur est exempt de tout ameublement, hormis d’un miroir ovale de grande dimension, serti à ses quatre extrémités.

Soudain, le mur s’interrompt pour laisser place à deux immenses baies vitrées qui s’étendent du lavabo pareillement nacré jusqu’au plafond de lambris grossièrement peint de blanc.

En écho avec les baies qui séparent la sdb de la chambre et offrent un second-jour.

La baignoire conclut l’aménagement de la pièce : embrassée par les trois murs et par le rideau suspendu à un cadre fin accroché par quelques ficelles de fortune

Puis le mur se retourne et devient un fond de scène empreint de décors et de mosaïques.

Pavés disposés de façon normée sur l’entièreté du mur, sauf au centre où trône une généreuse mosaïque e rosace répartie en quatre cadrants complémentaires, encadrée de motifs comme sur les frises.

C’est l’été.

Il est près 19h00, en fin de mois de juin. La gouttière extérieure en aluminium, visible depuis l’entrée dans la pièce, brille sous les derniers rayons du soleil et les baies vitrées, orientées plein ouest, sont frappées d’un ultime jet de lumière rougeoyant qui se décompose , se fractionne à l’intérieur de la pièce, en une mosaïque de lumières.

Les défauts dans l’agencement des pavés de céramique lisses et luisantes font alors onduler la lumière qui percute le mur du fond de plein fouet, la rendent mouvante, comme si elle révéler elle-même la nature aqueuse du lieu, tandis que les joints mats fichent la lumière dans ces interstices de mur, la figent et affirment les contours de chaque céramique, comme autant de fragments d’un kaléidoscope dans lequel l’œil serait ébloui.

La mosaïque centrale, par ses reliefs, ses dessins, ses couleurs, semble se décrocher du mur par cette lumière qui lèche chaque bosse, chaque reliefs pour en décupler la simple réalité physique, géométrique.

La lumière poursuit son chemin : elle enrobe les contours souples de la baignoire de plastique mat, en soulignant sa surface horizontale, ainsi que celle du lavabo, qui se détachent, figurent leur présence par ce plan irradiant, à la différence des rideaux, linges de maisons et autres serviettes, dont le tissu souple, se saisit de la lumière sur ses plis, en privant certaines autres parties. La lumière ondule aussi par successions de réflexions, entre les murs, entre les mosaïques, s’écrasant par endroits en aplats colorés vivement jaunies par la teinte du mur, ou encore s’exécutant en une série de reflets séquencés par le rythme des parois réfléchissantes disposés sur les murs.

La lumière s’épuise à parcourir cette pièce tout en longueur, depuis l’ouverture jusque moi, n’apparaissant bientôt brièvement que sur la surface bombée d’un récipient en porcelaine, sur la tranche blanchie par le temps de l’étagère murale, ou sur quelques motifs de mosaïque dont le relief ne capte alors plus que des étincelles de ce phare de fin du jour, comme s’ils annonçaient déjà la mort du soleil, imminente désormais.

Depuis cette entrée dans la salle, dans une obscurité certaine, semble alors régner un univers feutré, figé au travers cette aura orangée où par endroits percute, tapisse, éclate, scintille la lumière rasante du crépuscule. Dans ce microcosme, des rires lointains d’enfants que je sais jouer dans les jardins du cœur d’îlot, me parviennent depuis les baies vitrées entrebâillées, laissant échapper un léger souffle tiède qui s’engouffrent dans le rideau de bain, qui s’anime alors, et fait doucement onduler la lumière chaude sur son corps.

Des fragrances se soulèvent alors, et embaument l’atmosphère de jasmin et de fleur d’oranger qui me parviennent, accompagnées du nonchalant ronronnement de la chaudière tranquille dans cette atmosphère chaude et quelque peu humide…

C’est l’été.